• Catherine Lin

Patrimoine et Territoire en Bretagne : retour sur notre 2e table ronde

Mis à jour : avr. 29


Le 13 avril dernier, nous avons eu le plaisir d’organiser notre 2e table ronde « Patrimoine et Territoire en Bretagne ».


Lors de notre 1er événement, nous sommes revenus sur les conséquences et les perspectives pour le Patrimoine à l’heure de la pandémie. Pour ce nouveau rendez-vous, nous nous sommes intéressés aux rôles moteurs des Territoires, et de ses représentants publics et privés avec l’exemple de la Bretagne. Pour ce débat croisé, nos invités étaient :


· Cécile Baudouin, Chargée de mécénat de l’Orchestre national de Bretagne

· Bruno Delamarche, Directeur, Office de Tourisme, Destination Fougères (Ille-et-Vilaine)

· Manuel Roussel, Propriétaire-Gestionnaire du Château Le Rocher Portail (Ille-et-Vilaine)



De gauche à droite, Cécile Baudoin, Bruno Delamarche et Manuel Roussel



Table ronde Les Aèdes « Patrimoine et Territoire en Bretagne »

Pour voir ou revoir le Live sur notre chaine Youtube



La relation Patrimoine et Territoire est un atout pour l’attractivité et le dynamisme local. La crise sanitaire et ses conséquences socio-économiques ont confirmé auprès des acteurs privés et publics, l’importance des ressors locaux dans la sortie de crise. Dans un pays à l’héritage jacobin, c’est à l’échelle de cet espace que de nombreuses solutions ont émergé, pour développer l’intérêt du grand public et renouer avec le patrimoine local.



Préserver le Patrimoine : une relation nécessaire avec les institutions publiques et les entreprises.


Le patrimoine, une opportunité de croissance pour les territoires. Les mesures de protection sanitaires ont mis notre mobilité à l'arrêt. Exit les voyages lointains. Ces restrictions inédites présentent toutefois des opportunités pour la croissance locale. Fin connaisseur du tourisme à la campagne, Bruno Delamarche se dit « développeur de territoire ». Avec l’exemple du Pays de Fougères (Ille-et-Vilaine), il évoque le « territoire de confiance » breton qui réunit un bassin de vie, une ville centre d’environ 20 000 habitants, des pôles d’équilibre et des communes plus petites. Dans ce monde de proximité et du quotidien, il existe de fait une interdépendance entre les tous les acteurs, qu’ils soient élus institutionnels, entreprises, habitants ou associations, que la crise est venue renforcer. Dans ce territoire commun, ce décloisonnement entre acteurs peut passer par la conscientisation du patrimoine à préserver. Le tourisme local s’y prête particulièrement bien car il revêt une dimension globale, au-delà de la simple expérience d’hébergement. Les restaurants, les équipements de loisirs, les routes empruntés ou encore la sécurité y contribuent. Attirer les publics et ainsi participer à l’attractivité des territoires signifie aller plus loin dans d’interdépendance entre acteurs, agissant directement ou non dans la valorisation du patrimoine.


Bruno Delamarche, Table ronde Les Aèdes « Patrimoine et Territoire en Bretagne », 13 avril 2021


L'engagement des mécènes pendant la crise. Grâce à leur soutien sous forme de mécénat ou de philanthropie, les entreprises jouent un rôle de premier plan. Cécile Baudoin l’illustre avec l’Orchestre national de Bretagne. Tout au long du premier et second confinements, si l’Orchestre a pu poursuivre ses interventions dans les écoles de la région et sa programmation en ligne, c’est grâce au concours des entreprises. Ce soutien financier est venu compenser en partie l’absence de recette face à la fermeture des billetteries. Malgré l’annulation des concerts, il a fallu par ailleurs maintenir la location des salles pour les enregistrements et les captations, et les actions de mécénat ont pu offrir les conditions requises. A bien des égards, l’aide des fondations privées s’est révélée un atout pour la région.


Des cloisons encore tenaces entre les acteurs publics et privés. Comme le rappelle Manuel Roussel, propriétaire et gestionnaire du Château Le Rocher Portail depuis 2017, les cloisons entre les institutions publiques et les entreprises sont encore « terribles » et restent une réalité très ancrée. Les monuments historiques maintenus bon an mal an par des passionnés dont il fait partie manquent encore de soutien de la part des entreprises.


Manuel Roussel, Table ronde Les Aèdes « Patrimoine et Territoire en Bretagne », 13 avril 2021



Soutenir le Patrimoine : des contreparties pour tous.


De l'intérêt du particulier à l'intérêt général. Bruno Delamarche va plus loin. Avoir conscience du territoire partagé implique de sortir d’une logique de propriété unique pour valoriser un ensemble d’acteurs comme élément de la chaine de valeur dans un territoire. Le dialogue collectif doit conforter ce rapport pour que les acteurs soient d’accord entre eux dans l’esprit d’un projet commun. Et ce dialogue doit rester une volonté.


« Des enfants vont naitre ici en Bretagne, seront-ils bretons ? C’est eux qui vont décider. »


Un propriétaire de passage. Dans la même perspective, Manuel Roussel revient sur le principe de « propriétaire de passage » dans un contexte où la pandémie interroge sur la protection de notre patrimoine comme richesse culturelle et sociétale. Le mécénat ne peut pas seulement se résumer à un rapport financier. Il faut une convergence et une vision commune pour que chaque intervenant, à sa mesure, puisse servir l’intérêt général. En reprenant le château Le Rocher Portail, le propriétaire-gestionnaire évoque avant tout une aventure pour restaurer, construire et transmettre aux générations à venir. Cette entreprise ne peut être que personnelle. Elle implique un collectif d’artisans et un savoir-faire à conserver, des travaux d’art pour entretenir les vitraux, la pierre ou les peintures jusqu’au bâti et aux techniques agricoles qui font revivre la permaculture d’époque. Grâce au soutien des acteurs privés et publics, c’est en ce sens que la préservation d’un monument historique peut servir l’identité et l’histoire d’un territoire, pour ses habitants et ses visiteurs.


Cécile Baudoin Table ronde Les Aèdes « Patrimoine et Territoire en Bretagne », 13 avril 2021


Comme le cite Céline Baudoin, d’après le dernier baromètre de l’Admical (Association pour le développement du mécénat industriel et commercial), 48% des entreprises mécènes s’engagent pour le développement du territoire, et non pour la défiscalisation. Pour autant, le patrimoine bâti ne fait pas partie du haut du podium comme le sont les expositions, les musées et la musique favorisés par les mécènes.



Au-delà du financement, la confiance : renforcer la relation avec les acteurs publics et privés


Etre financé oui mais pas seulement. Maintenir un rapport uniquement financier avec les mécènes et les philanthropes n’est pas concevable pour Cécile Baudoin. Ceux de l’Orchestre national de Bretagne illustrent un engagement par les valeurs. En soutenant l’Orchestre, les entreprises mécènes tentent de développer la musique classique et de la rendre accessible au plus grand nombre, à commencer par leurs propres collaborateurs. En retour, l’Orchestre reste transparent quant à l’utilisation des fonds. Cette relation de réciprocité se bâtit sur la confiance et la fidélité au projet commun porté ici par la musique.


Faire confiance. Pour développer le tourisme à la campagne, Bruno Delamarche revient également sur cette notion de confiance. Pour intéresser les entreprises, le Pays de Fougères a recours au marketing mais cela ne fait pas tout. Le développeur de territoire remarque que les entrepreneurs qui veulent apporter leur soutien sont la plupart du temps des enfants du pays. Cette relation d'intimité et ce lien ineffable apparaissent essentiels pour générer du sens et l'envie d'aider. D'autres phénomènes interpellent comme l'exemple de collaborateurs au sein d'entreprises, qui ont su convaincre leur direction d’investir. Il en résulte un rapport intéressant et à forts enjeux entre salariés et direction, pour faire porter au niveau l’entreprise le rôle de protecteur du patrimoine.



Espérances et perspectives dans la relation Patrimoine et Territoire


Pour conclure cette table ronde, Manuel Roussel insiste sur la nécessité de faire tomber les cloisons entre les institutions publiques, les entreprises et citoyens. Les monuments historiques ouverts au public sont aujourd’hui en majorité gérés par des propriétaires-gestionnaires privés et à 80% dans le monde rural. Le collectif « Les Audacieux du Patrimoine » les réunit pour apporter entraide, susciter l’engouement des générations suivantes à prendre la relève et à se lancer dans l’aventure. Le soutien des entreprises est une nécessité. Il faut pouvoir oser l’afficher car dans tous les cas, les contreparties bénéficient à tous. C’est autour d’un projet que les différents acteurs pourront servir le patrimoine conclut Bruno Delamarche en s’appuyant sur les partenariats public-privés. Pour développer les territoires, le patrimoine peut représenter une étape nouvelle. Pour cela, comme le souligne Cécile Baudoin, se battre contre les a priori reste un prérequis. Les châtelains n’ont pas les moyens qu’on leur prête, tout comme la musique classique ne réunit pas uniquement les plus riches. Ces clichés ont la vie dure. Le patrimoine doit s’ouvrir et donner le sentiment d’être accessible à tous les publics. La philanthropie pour le patrimoine est un levier du dynamisme des territoires. Toutefois, cette voie implique d’aller plus loin dans la pédagogie et la sensibilisation des acteurs encore éloignés de ces enjeux.




Nos remerciements chaleureux à Cécile, Bruno et Manuel pour ce bel échange croisé et inspirant.



Pour toutes questions, n’hésitez pas à nous écrire contact@lesaedes.fr.

A très vite pour notre prochaine table ronde !



Catherine,

Aède et Co-fondatrice

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