• Nicolas Michaud

Nos souhaits pour le patrimoine en 2020 !

A

vant de rentrer dans le vif du sujet, petit retour sur les enseignements de l’année passée. En chiffres, 2019 semble avoir été bonne. Avec 326 millions d'euros destinés à financer des opérations d'entretien et de restauration, le budget investi par l’État est en hausse de 4 % par rapport à l’année passée. Autre source de satisfaction (et en l’absence de résultats définitifs), 25 à 30 millions d’euros sont espérés pour la 2e édition du Loto du patrimoine qui vise à financer certains projets de la mission Bern.

Si tous les feux semblent au vert, le coup de gueule de Stéphane Bern, en décembre dernier, sur la taxation du Loto du patrimoine a montré que le combat est loin d’être gagné pour faire comprendre aux acteurs socio-économiques que le patrimoine est un investissement nécessaire à notre société, et qu’il est important de raisonner en termes « d’investissement » en la matière. Pour aller dans ce sens et parce que nous avons beaucoup d’ambitions pour notre patrimoine, nous avons souhaité formuler quelques vœux pour faire grandir le patrimoine 2020.


1.     Reconnaître le patrimoine comme un secteur économique majeur.

Le 25 juin 2014, Steven Hearn remettait un rapport sur l’entrepreneuriat culturel à la ministre Aurélie Filippetti, l’invitant à reconnaître le secteur culturel « comme un acteur économique à part entière, qui galvanise notamment la création artistique, l’innovation, l’emploi et l’attractivité du territoire ».

Car oui, l’économie « culturelle » contribue à hauteur de 57,8 Md€ au PIB – soit 3,2 %1. À titre de comparaison, l’industrie automobile représente 3,9 % du PIB. Au vu de son poids économique, le secteur a tout intérêt à se professionnaliser. Notamment parce que le patrimoine est un atout dans la dynamisation des territoires, pour peu qu’on s’en donne les moyens. À l’heure où de nombreuses crises et mouvements sociaux traversent notre pays, le rôle du patrimoine et de sa reconnaissance est fondamental.

En développant l’accès à la culture et au patrimoine, nous permettons aux habitants d’être fiers de leur histoire et donc de se battre pour leur territoire, avec l’idée que la transformation de notre environnement conditionne l’esprit du lieu, qu’on y habite, qu’on y travaille ou qu’on le visite.


2.     Développer le patrimoine comme espace de vie et de cohésion sociale.

« Malgré la diversité des territoires et des approches, les résultats convergent pour soutenir l’idée que le patrimoine et la culture apparaissent aujourd’hui être des leviers identitaires qui permettent aux sociétés rurales et périurbaines, de reconstruire leur lien social et de s’approprier leur propre développement. » Valérie Jousseaume, Olivier David et Claire Delfosse

Oui, le patrimoine est un bien précieux de cohésion sociale auquel il faut redonner toute sa place. Les nombreuses associations qui se sont constituées au fil des années le prouvent. Que ce soit sur le chantier du château de Guédelon ou celui du château de Blainville, ce sont des armées de bénévoles venues de toute la France, de tous les milieux et parfois du monde entier qui se croisent et partagent leur expérience. Le patrimoine devient un lieu de vie et un espace de rencontre. Le modèle d’hier, d’espaces sans interactions où le visiteur était livré à lui-même va peu à peu s’éteindre pour privilégier l’action et le partage. C’est déjà ce qui est à l’œuvre avec la multiplication des « Escape Games » dans les lieux patrimoniaux et l’ouverture de « tiers-lieux » qui visent à en finir avec un patrimoine « musée ».

Cohésion et fierté d’appartenance, tous les ingrédients sont réunis pour fédérer l’ensemble des acteurs régionaux, qu’ils soient publics ou privés. Car si les pouvoirs publics doivent jouer un rôle majeur dans la préservation du patrimoine, le secteur privé doit aussi prendre sa part. Le développement des politiques RSE des entreprises et le lien toujours plus étroit entre les acteurs économiques et leurs territoires poussent les entrepreneurs à investir localement.

Ces intérêts extrêmement intriqués entre politiques publiques et économie sont l’une des raisons du développement croissant du rôle social des entreprises en France et de leur implication dans la sauvegarde du patrimoine.


3.     Faire du patrimoine local un acteur du XXIe siècle.

À l’heure du changement climatique, c’est toute l’économie qui doit se restructurer. Le patrimoine ne fait pas exception et doit entreprendre sa révolution pour faire face aux enjeux écologiques et répondre à la demande croissante d’un « slow tourisme ».

De plus en plus conscients de leur impact, les touristes se tournent vers des sites moins « mainstream », plus locaux, pour vivre une « expérience » plus authentique et moins impactante en matière d’empreinte carbone. Que ce soit Venise, Barcelone ou Amsterdam, le surtourisme est devenu un fléau écologique et sociétal. L’augmentation des flux touristiques menace non seulement l’expérience visiteur, mais surtout des écosystèmes entiers. Le patrimoine local a un rôle à jouer pour encourager les touristes vers des lieux moins saturés et participer à la promotion d’une plus grande diversité culturelle.

C’est pour cela que le patrimoine doit s’ouvrir à de nouvelles pratiques. Les « coups de com’ » ne suffisent plus pour espérer profiter des changements qui se profilent. Le public a soif d’information, encore faut-il lui en fournir, lutter contre les inégalités d’accès et les freins d’une partie de la population. Adresser le bon message à la bonne personne au bon moment, voilà la solution.

Dernier exemple en date, le château de Fontainebleau et le clip « Pookie » de l’artiste R’n’B Aya Nakamura, qui comptabilise 160 millions de vues sur YouTube et assure une visibilité inédite auprès d’une jeune population. Les chiffres de 2019 révéleront si ce « coup » a porté ses fruits ou non. Mais l’intention est louable.

Pour conclure, tout ce que nous souhaitons au patrimoine en 2020, c’est de trouver sa voix pour s’adresser à un public toujours plus en attente d’information.


Bonne année de la part de Les Aèdes !

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