• Nicolas Michaud

Le Patrimoine local, la solution contre le "surtourisme"?

Le mardi 11 février, TMC diffusait en prime-time le reportage de Martin Weill « Faut-il interdire le tourisme ». Depuis l’enquête du jeune journaliste, une partie des téléspectateurs s’indignent des dérives du tourisme de masse. Saisissons cette occasion pour nous demander si le « surtourisme » ne peut pas être une chance pour le patrimoine local ? Car au-delà des polémiques sur l’impact environnemental ou sociétal du « surtourisme », il existe une réelle une opportunité de développement du patrimoine local. Voici notre analyse.

Le tourisme de masse sur le déclin ?

Le tourisme est le 3ème secteur économique au niveau mondial et ce n’est pas le rapport « Les tendances du tourisme international dans l'UE des 28 pays membres » sur l'état du marché en Europe qui va changer la donne. Il ne prévoit rien de moins qu’une croissance de 1,5% par an jusqu’en 2030. Mais cette croissance engendre de nouvelles problématiques que les réactions polémiques du documentaire de TMC soulignent. Car les conséquences du « surtourisme » sont loin d’être négligeables.

Parmi les effets les plus visibles, il y a l’impact sur la qualité de vie des habitants. Au-delà des rues saturées et des nuisances sonores, le tourisme de masse est à l’origine d’une transformation des villes. Le remplacement des commerces de proximités par des bars ou des commerces dédiés aux visiteurs, fait courir le risque muséification dont le résultat est une nette élévation du coût de la vie liée à la gentrification des centres villes. Avec 55 000 habitants pour 30 millions de visiteurs, Venise en est un bel exemple. Cette évolution est entretenue par une forte pression immobilière liée à la place du marché locatif touristique. La Mairie de Paris estime ainsi à 20 000 le nombre de locations classiques qui se sont transformées en meublés touristiques en 5 ans dans la capitale.

L’autre répercussion, mais non des moindres, c’est l’impact environnemental de ces pratiques. A Venise toujours, les vagues causées par le flux grandissant de Paquebots, menacent les fondations même de la ville. Les sites touristiques doivent aussi faire face aux effets de la surconsommation, de la gestion des déchets et à la destruction d’écosystèmes fragiles. En mer Méditerranée, WWF estime ainsi que 52% des détritus rejetés à l’eau sont liés au tourisme balnéaire. Un exemple parmi tant d’autres. Conscient des enjeux, les professionnels du tourisme tentent de trouver les solutions.

Comment lutter contre le surtourisme ?

Alors que 63% des français se disent prêts à renoncer à un voyage à cause du surtourisme, les professionnels de la filière, de manière très pragmatique sont désormais prêts à envisager des moyens de préserver « l’expérience visiteur ».

Parmi les pistes explorées, la limitation du nombre de visiteurs. Le Louvre a ainsi mis en place depuis fin 2019, la réservation obligatoire et limitée pour éviter la saturation du musée le plus visité au monde. Avec pour conséquence, la baisse du nombre de visiteurs en 2019 vs 2018, année record. La cité de Dubrovnik en Croatie a quant à elle installé un compteur à l’entrée de la ville pour limiter l’accès à 8 000 visiteurs par jour.

Une autre solution privilégiée pour le moment est de s’attaquer aux portefeuilles en taxant l’entrée des villes ou en augmentant le prix des billets avec pour objectif assumé de détourner une partie du flux touristique. Inconvénient majeur, ces méthodes participent à entretenir les inégalités.

Certains militent pour inciter les voyageurs à décaler le séjour dans le temps avec l’idée que pour la majorité des destinations, la saison importe peu. Encore faut-il pouvoir partir « hors saison ».

Enfin, quelques villes tentent de restreindre les courts séjours afin d’éviter un « turn over » trop important. New York, Amsterdam ou Paris limitent les locations de courte durée en introduisant une restriction concernant la location des résidences principales.

Cet ensemble de solutions fait plutôt office de pansement. Comme pour la plupart des industries, c’est le modèle même de consommation qu’il faut revoir. De l’avis des professionnels seule la diversification de l’offre touristique et la proposition d’alternatives aux « classiques » est capable de régler ce problème. C’est donc là que le patrimoine local devient une évidence pour offrir une autre option aux touristes.

Le patrimoine local, la véritable alternative aux pratiques du tourisme de masse ?

Les pratiques touristiques changent, les mentalités évoluent. Le public enfin mûr est de plus en plus réceptif aux atouts de nos régions, guidé par une quête d’authenticité qui semble la nouvelle norme chez les jeunes générations.

L’étude de Tripadvisor réalisée en décembre 2018 témoigne de l’évolution de ses attentes et de ses usages. On constate que les voyageurs privilégient la dimension culturelle (36%) aux conditions météorologiques (27%). Les vacances les pieds dans le sable ne semblent plus le modèle dominant au profit de séjours plus « culturels ».

Autre point, la façon et la durée de voyager évolue durablement. Les courts séjours sont privilégiés, avec l’idée qu’il n’y a plus besoin de partir à l’autre bout de la planète. La demande se recentre sur des escapades le temps d’une journée ou d’un week-end. L’occasion pour ces nouveaux globetrotters locaux, de découvrir un patrimoine de proximité.

Cette transformation s’opère également avec l’émergence de la notion « d’expérience locale ». Pour le voyageur 2.0 ce qui compte désormais, c’est de vivre son séjour comme un « habitant ». Terminé les luxueux hôtels 5 étoiles, dormir chez l’habitant, être invité chez eux à dîner ou partager une visite avec lui d’un lieu hors des sentiers battus, c’est le must have. L’immersion est devenue le maître mot pour retrouver un ancrage plus authentique avec le territoire et avec les locaux.

Mais la tendance la plus tenace, c’est bien l’avènement d’un voyageur responsable, plus sensible aux enjeux écologiques. Une évolution qui joue en faveur du patrimoine et des destinations « locales ». Alors que chaque kilomètre est compté pour diminuer son empreinte carbone et que le « flygskam », la honte de prendre l’avion, gagne de plus en plus de générations, la proximité devient l’un des critères de choix pour voyager, surtout lorsqu’on bénéficie aux portes de sa région, d’une offre patrimoniale et culturelle riche.

Tout l’enjeu pour ce patrimoine méconnu est de se positionner face à la concurrence comme une alternative crédible auprès d’une population en demande et qui souhaite inventer le tourisme de demain.

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