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Le Patrimoine culturel et le tourisme à la lumière de la Covid–19

Mis à jour : avr. 29


Le patrimoine culturel et le tourisme français sont en état d’urgence. A l’heure actuelle, les experts estiment la perte à plus de 40 milliards d’euros, ce qui affecte deux millions de Français vivant directement ou indirectement du tourisme. Face aux nombreuses interrogations suscitées par cette crise, tentons d’appréhender les perspectives possibles de l’après Covid-19.


Quelles vacances pour les Français ?

Des vacances franco-françaises. La première interrogation concerne les pratiques touristiques elles-mêmes. Les Français prendront-ils la route des vacances après la pandémie et la fin du confinement le 11 Mai prochain ? Pour imaginer la suite, regardons du côté de la Chine, qui opère doucement sa sortie de crise. Selon une enquête menée par China Tourism Academy et Trip.com, 90% des personnes interrogées sont prêtes à privilégier des séjours

« domestiques ». Qu’en sera-t-il en France ?

L'accès aux soins, une priorité. Alors que ces perspectives semblent être analogues en France, le secteur reste d’abord dépendant d’une issue incertaine, assujetti à la fois à la reprise de l’activité économique et à l’ouverture des frontières au sein de l’espace Schengen. Dans le meilleur des cas, l’envie de voyage devrait désormais être subordonnée à la garantie d’une sécurité sanitaire sur place. Cette garantie pourrait influencer durablement le choix des prochaines destinations de nombreuses populations, dont les plus fragiles.

« La qualité du maillage médical d’un territoire de vacances de toutes façons sera désormais un argument de poids pour toutes les nationalités. Surtout pour les seniors »

Josette Sicsic, Touriscopie, Tourmag, 30 mars 2020


Avoir les moyens de voyager. Outre l’éveil d’une forme de « conscience sanitaire », l’inquiétude quant à la pérennité de leur emploi pour les uns et la nécessité de reprendre le travail pour les autres, pourraient avoir raison des velléités de départ de nombreux Français. Les mesures de chômage partiel qui touchent désormais 10 millions d’actifs va également réduire le pouvoir d’achat des ménages à quelques semaines seulement des départs en vacances d’été.

Dans ces conditions, le tourisme « domestique » pourrait bel et bien permettre aux régions et au patrimoine culturel local de bénéficier d’un regain économique lors de la reprise très attendue par les propriétaires et les gestionnaires de sites aujourd’hui durement touchés.

Les pratiques culturelles au révélateur de la crise

Le numérique, grand gagnant. Au-delà de cet espoir, la crise nous invite à regarder l’évolution de nos pratiques culturelles. Avec un constat, il existe un grand gagnant : le numérique, sous toutes ses formes. A l’ombre du confinement, de nombreux musées et institutions culturelles ont su tirer profit de cette période pour garder ou tisser un lien avec une partie de leurs publics. Il est désormais possible de découvrir depuis son salon le Château de Versailles, l’exposition événement du Grand-Palais Pompéi ou les collections du Musée d’Art contemporain de Lyon grâce au hashtag #oeuvrequifaitdubien, sans parler de la belle initiative du Ministère de la Culture #Culturechezvous qui met à disposition de nombreuses ressources numériques culturelles en accès libre.

Cette formidable résilience du patrimoine culturel révèle néanmoins la fracture numérique qui existe entre les grandes institutions et notre patrimoine local. Une diversité de moyens et de culture qui coupe le patrimoine local d’une une partie de la population. Une situation qui interroge sur les capacités des structures de plus petite envergure à se doter des mêmes moyens pour ne pas se retrouver en marge. Et ce sont elles en priorité, que le gouvernement devra accompagner dans la reprise, car elles sont un élément de réponse à cette crise.


Le Patrimoine un maillon indispensable de notre société

Crise, patrimoine et lien social. Le confinement est une illustration de la fonction du patrimoine comme vecteur de lien social et de discussion entre les individus. Plus que le poids de l’enfermement, c’est la « distanciation sociale » qui a un impact sur notre société. Selon le sociologue Lyonnais Bernard Lahire, les premiers retours d’expérience de l’école en ligne attestent de la persistance de certaines inégalités. Et, en dépit de ses nombreux avantages le numérique ne comble pas le rôle dévolu à l’humain dans l’inclusion sociale et celui de la médiation culturelle dans la démocratisation de la culture et de l’enseignement.

De plus, cet éloignement physique témoigne de notre attachement viscéral à la culture et au patrimoine. Flâner dans les galeries d’un musée, admirer de ses yeux propres une œuvre qui n’avait autrefois de réalité qu’en photo et se perdre dans les couloirs d’un château, sont autant d’activités entrées dans nos habitudes. Toutefois, cela sera-t-il suffisant pour prendre conscience de l’importance de la culture dans notre société ?

La sauvegarde du patrimoine culturel immatériel dans les situations d'urgence n'est pas un luxe : elle aide à faire face à la dimension humaine des crises, permettant aux individus et aux communautés de maintenir leur sentiment d'identité et de dignité, et ainsi de résister et de se remettre des crises.

Ernesto Ottone R., Sous-Directeur général pour la culture de l’UNESCO, à l’occasion de la 14e session du Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.


Culture et patrimoine, un véritable service public. Nous avons une conviction : le Patrimoine culturel, plus qu’un simple poste de dépense à réduire en temps de crise, est un véritable investissement pour notre pays. Au-delà de stimuler la croissance et l’innovation de nos régions, la culture et le Patrimoine jouent un rôle social fondamental en encourageant la cohésion communautaire en tant qu’espace de rencontre et sont à ce titre un véritable service public.

Dans un sondage réalisé le 1er avril, « après l’épidémie les Français rêvent d’un autre monde » (Libération), les Français expriment le souhait d’un monde plus juste, où le bien commun serait privilégié. Dans la même lignée, nous sommes convaincus que nos dirigeants doivent réaliser qu’il n’existe pas de croissance durable et raisonnée sans développement culturel et donc sans préservation de notre patrimoine.


Nicolas, co-fondateur Les Aèdes