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L’aède Mauricio, son regard scientifique d’historien sur le patrimoine

Après la présentation de l’aède Nicolas, c’est au tour de Mauricio, docteur en Histoire et Civilisation, cofondateur et directeur scientifique de l'Agence, de partager son regard sur le patrimoine.


Mauricio Onetto, cofondateur de l'agence Les Aèdes


Tu es un « aède » et tu fais partie des fondateurs de l’Agence. Quel est ton rôle ?


Je suis Directeur scientifique de l’Agence. Avec mon expertise de chercheur, je garantis d’un point de vue scientifique la stratégie de marque et l’identité des sites patrimoniaux. La recherche historique sert de fil d'Ariane. Je m’assure que chaque affirmation soit avérée et que cette construction soit cohérente. Or cet aspect est souvent négligé dans les communications plus conventionnelles et perdent en authenticité.

Quel sens a le patrimoine pour toi ?


Pour moi le patrimoine est une expérience qui réunit le paysage, l’histoire et les connaissances. Ce n’est pas qu’un vécu in situ ou matériel – d’ailleurs le patrimoine immatériel est entré dans le patrimoine mondial de l’UNESCO – c’est une façon de ressentir et de s’émouvoir vis-à-vis du monde qui nous entoure.

Du temps de mon enfance où j’ai été scout et grâce à mon travail de chercheur, j’ai eu l’occasion de voyager, que ce soit au cœur de la nature ou dans différents pays. Le patrimoine est finalement une expérience qui réunit toutes ces dimensions.

C’est aussi une expérience collective, avec ses proches, au sein d’une communauté.


Quels sont les lieux qui te tiennent le plus à cœur ?


Rocamadour

Même si j’ai beaucoup voyagé, j’ai un rapport spécial avec Paris. J’y ai fait mon doctorat mais j’y ai surtout compris le sens du patrimoine. J’ai pu appréhender mon rapport avec ma patrie de naissance, le Chili, mais aussi ma patrie d’adoption la France. A cet égard, Paris est un véritable musée vivant. Chaque coin et recoin de la ville sont pensés pour être exposés. Les terrasses de café en sont le parfait exemple, relativement uniques par ailleurs. On se sent dans la ville, comme dans un théâtre où on devient le protagoniste d’une véritable expérience patrimoniale. On est ainsi beaucoup plus que spectateur. Ces dernières années, j’ai pu également découvrir la France, Bordeaux, le Mont Saint-Michel, les routes de Bourgogne, le village de Rocamadour, sans parler de la Bretagne et de la Normandie. Je suis à chaque fois frappé par les paysages de ces différents lieux, la façon dont cela a pu être façonné. J’ai mesuré la différence avec l’Amérique latine où domine l’immensité de la nature avec des pics qui culminent à plus de 4000 mètres d’altitude. En France, le bâti et l’appropriation des lieux par les hommes me font souvent penser à des utopies. L’imagination n’a pas de limites !



En tant que chercheur, comment vois-tu la situation du Patrimoine à l’heure de la pandémie ?


Je voudrais souligner l’importance du patrimoine dans notre quotidien. Cette place au cœur de notre vie a en quelque sorte été révélée par la pandémie. Elle n’a pas qu’une place physique. Elle est aussi virtuelle.

La situation sanitaire a par ailleurs exacerbé les tensions autour de l’accès aux lieux. Le patrimoine ne se vit plus traditionnellement par des visites sur place. Les besoins de s’évader, d’apprendre, de renouer avec l’histoire et de se cultiver se retrouvent malmenés. Finalement, le patrimoine est vecteur d’émotions et l’isolation provoquée par la pandémie nous fait perdre nos repères et nous rappellent un besoin fondamental, celui d’être connecté les uns aux autres, de ressentir le monde qui nous entoure, de se voir et de s’émouvoir. C’est ce que le patrimoine peut justement apporter. C’est d’ailleurs ce que démontre Daniel Fabre dans son ouvrage « Emotions patrimoniales » (Les éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 2013).

Notre attachement à ces « forteresses » culturelles a poussé les acteurs à promouvoir d’autres façons d’y accéder. Pour maintenir le lien, l’accès numérique joue un rôle pivot. Et au-delà de ces dimensions, les enjeux sont aussi naturellement financiers. Les billetteries sont mises à mal, la trésorerie des sites est touchée et par conséquent la capacité des sites patrimoniaux à rester ouverts et conservés sur la durée. On parle de 50% de perte en moyenne pour 2020. Quand on pense au patrimoine, on pense en France aux sites les plus connus comme le château de Versailles ou la Tour Eiffel. On pense également au Louvre. Tous ces sites ont opéré depuis cette dernière décennie un virage pour s’adapter aux nouvelles habitudes créées par le « tout numérique ». Mais qu’en est-il des monuments et sites patrimoniaux méconnus, n’ayant pas les moyens ou les connaissances pour s’adapter dans un contexte où l’accès physique n’est plus possible ? C’est cette difficulté majeure qui s’est accrue et qui a renforcé le fossé entre le patrimoine connu et méconnu. Le numérique a aussi favorisé le développement d’une nouvelle façon d’appréhender et de vivre le patrimoine. La crise a quant à elle développé une atmosphère anxiogène où le numérique n’arrive pas à remplacer notre besoin de connexion à l’espace et d’immersion physique.


Comment Les Aèdes agissent actuellement en faveur du patrimoine ?


Notre démarche avec Les Aèdes est de créer un espace de médiation entre les propriétaires et gestionnaires des sites patrimoniaux, les acteurs publics et les entreprises des territoires. Nous occupons symboliquement cet espace pour mettre ces différents acteurs en relation. Notre rôle ne se résume pas à dire ce qui est bien ou mal fait en stratégie de communication et de marque. Nous avons comme ambition d’aider à repenser les récits des sites patrimoniaux pour mieux les mettre en valeur. Nous accompagnons en ce moment le château Le Rocher-Portail. Nous l’aidons à repenser son identité et à la décliner dans ses campagnes de communication. L’objectif est double, renforcer son rayonnement auprès du public; et penser à l’expérience « hors les murs » que vivront les visiteurs potentiels, pas uniquement au sein du château mais plus globalement au sein de la région. Nous sommes convaincus que l’histoire des lieux est le ciment qui connecte les personnes à l’espace. Il faut garder en tête que notre approche est d’apporter notre savoir-faire et notre expérience sans être rémunérés par le château mais par les entreprises-philanthropes. Ainsi nous intervenons également pour lever des fonds et ainsi financer nos actions. Les sites patrimoniaux peuvent ainsi bénéficier d'une démarche innovante portée par des experts et soutenus par l'économie locale. Pouvoir jouer ce rôle d'ambassadeur nous rend très fiers.



Notre prochain portrait sera consacré à l'aède Catherine, cofondatrice et experte en Expérience Visiteur aux côtés de Mauricio et de Nicolas.

A bientôt :)

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